Présentation

Catégories

Derniers Commentaires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mercredi 16 janvier 2008

Ils mènent une vie de pacha, et le savent. La bonne vit à la maison, un espace lui est prévu à l’office. Ici, la vie est très américanisée, tout le monde a un poste de télé dans chaque pièce. Ils craquent, et achètent un écran, qu’ils installent au bout de la table de la salle à manger : il n’y restera pas longtemps, les enfants badent devant et ne mangent plus…

Le week-end, la bonne rentre chez elle, et la famille va la plupart du temps à la mer. C’est toute une expédition. Départ le vendredi en milieu d’après-midi, la jeep-wagonner bourrée, et direction Cata, ou Playa colorada. Ou tout simplement la plage de Maïquetia, la plus proche, mais seulement pour la journée du samedi. Il faut traverser Caracas, ville tout en longueur, qui doit mesurer dans les… beaucoup de kilomètres, et passer sur ou sous des autoroutes qui s’enchevêtrent. Parfois il y a cinq étages qui se superposent ! Ici, les gens appellent l’autoroute La Cienpatas, c’est tout dire !

Comme la capitale est en altitude, l’autoroute descend pour aller jusqu’à la mer : on passe à hauteur de l’aéroport, en contrebas à gauche, et c’est de là qu’ils observeront l’année suivante  le décollage de l’avion de la maman, qui l’emmène passer ses examens d’espagnol en Martinique. Ils se sont tous serrés sur la banquette avant, et, garés sur la bande d’arrêt d’urgence, ils font coucou à l’avion. Ils n’ont pas l’habitude de fonctionner sans elle : c’est la mère qui gère le quotidien, repasse le pli du  pantalon du mari chaque soir avant de le reposer sur le dossier de la chaise, décide des repas, fait la liste des courses, etc… Qui surveille les devoirs des enfants ? Benjamine se souvient que c’est le papa, à qui elle réclame des dictées, tellement elle adore ça !

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 15 janvier 2008

Donc Benjamine a six ans et demi, et vous vous souvenez qu’elle a fait une quatrième année de maternelle en France. Elle a le même problème en CP : elle sait déjà lire et écrire parfaitement, elle s’ennuie, elle embête les autres, et surtout, elle dérange la maîtresse. Après un mois, elle passe en CE1 et retrouve… son père ! Heureusement qu’entre les cours d’espagnol, de couture et de religion, elle a d’autres instits. Sinon, comment se plaindre à ses parents ?

Une des particularités de cette école, c’est que filles et garçons doivent suivre les cours de broderie et couture. On y apprend à faire de magnifiques napperons au point de tige, qu’on retrouvera trente cinq ans plus tard dans les armoires, bien pliés dans un plastique…

On peut aussi choisir le premier ou le deuxième service pour la cantine. Comme dans tous les pays tropicaux, les cours commencent tôt et finissent à 14h30. Ca laisse le temps d’aller au club pour les cours de natation et de tennis auxquels les ont inscrits les parents. Ils ont aussi imposé les cours de piano à domicile : la prof martyrise leurs doigts une demi-heure chacun par semaine. Et il faut travailler chaque jour pour progresser, bien sûr. Parents modèles que ceux-là : ils veulent le meilleur pour leurs enfants. On les cultivera donc, intellectuellement et physiquement, malgré eux s’il le faut, c’est pour leur bien… Ils ne se plaignent ni des cours de tennis ni de ceux de natation, du moins Benjamine. Pourtant, c’est une époque où on est encore très strict sur la tenue, tant vestimentaire que morale. Blanc strict pour les vêtements : elle se souvient de la fois où le prof lui a interdit l’accès du cours à cause d’une rayure bleu pâle sur son polo blanc ! Et obligation de dire bonjour, merci et au revoir, de serrer la main de Pepe, le ramasseur de balle…à l’entrée et à la sortie du cours. C’est un club de gens respectables, fréquenté essentiellement par des étrangers : les vénézuéliens sont employés, pas membres…

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 15 janvier 2008

Benjamine viens d’avoir six ans et demi, c’est une belle plante : cheveux châtains clairs courts, des yeux bleu-gris-vert selon le temps, elle jalouse un peu son frère qui est blond comme les blés, avec de beaux cheveux raides, et cette mèche qui lui barre le front et lui donne un genre…

Par contre, elle, elle est grande et solide : pas comme lui qui est petit et fluet. Elle pourrait être le garçon et lui la fille. L’aînée est bâtie comme la plus jeune, elles se ressemblent dit-on. Elle est pourtant de taille moyenne, et a le teint mat comme son père. Les deux autres ont des peaux de blonds, comme la mère.

Benjamine s’est fait une copine, Sylvie M. une gamine de sa classe. Elle habite à quelques centaines de mètres de leur maison, c’est pratique pour se voir après l’école. Sylvie a plusieurs frères et sœurs, la maman vient d’avoir un bébé. Elle est toute petite, et ça c’est une constante qui s’avèrera au fil du temps : Benjamine se fera très souvent des copines très petites, alors qu’elle-même atteindra un bon mètre soixante dix-huit à 17 ans… Allez savoir pourquoi les contraires s’attirent ?

Pour apprendre l’espagnol, la maman envoie à tour de rôle les enfants à l’épicerie avec une phrase qu’elle leur a apprise : « Buenos dias, senor, quisiera un kilo de manzanas, por favor ». A cet âge-là, ça rentre vite, et puis à l’école, ils ont aussi des cours d’espagnol. Drôle d’école, tenue par des curés, et quels curés ! Le père Piffar (si si), le Père Auré, une sacrée clique… Il faut dire à leur décharge qu’ils n’ont pas tous choisi d’être curés, mais ont, pour certains, subi le choix familial en fonction de leur ordre dans la fratrie. Dans les campagnes en France vers 1930, on envoyait le troisième au séminaire, le premier gardait les terres qu’il cultivait… et le deuxième s’engageait dans l’armée !

Imaginez un grand terrain rectangulaire, perpendiculaire à la rue, dans un quartier de petites villas. Vous prenez l’allée bordée d’arbres où se garent les profs, jusqu’à un rond point qui donne à droite sur la chapelle, en face sur les bâtiments administratifs. A l’extrémité gauche du bâtiment, un passage permet d’accéder à la première cour, après être passé sous un premier édifice de trois étages, dont le rez-de-chaussée ouvert sert de cour de récré quand il pleut. On y trouve des distributeurs de boissons gazeuses sucrées. De l’autre côté de la cour, le deuxième édifice, réservé à l’école française. Dans le premier ont lieu les cours en espagnol : deux écoles en une, qui dit mieux ? Derrière, la deuxième cour, réservée aux petits du primaire, et tout au fond, la maternelle, avec en dessous la cantine en plein air.

L’aînée va avoir 12 ans, elle va en cinquième, dans la même classe que la sœur d’un futur premier ministre français, dont la famille rachètera des années plus tard les bâtiments et le terrain de l’école. Les parents sont instits, elle va enfin ne plus les avoir sur le dos ! Les deux plus jeunes vont encore les subir quelques années. Ca n’est vraiment pas drôle d’avoir ses parents à l’école : ils sont plus sévères avec vous qu’avec les autres pour donner l’exemple ! Et en plus, il faut les appeler maître ou maîtresse…

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 14 janvier 2008

Le matin du dimanche de Pâques, les enfants sortent de leur chambre, au fond du couloir, et écrasent sans le vouloir les œufs en chocolat qui recouvrent le sol. Il leur faudra au moins trois ou quatre pas avant de réaliser l’ampleur des dégâts. Heureusement que les gros œufs sont cachés dans le jardin. Ils les trouveront plus tard, après le petit déjeuner, quand la traditionnelle quête familiale aura lieu, sous les encouragements des adultes, qui prennent les photos et les poussent de la voix.

Le père est rentré de Djibouti, femme et enfants vont le chercher à l’aéroport : elle ne comprend pas ce que lui veut cet homme qui vient vers elle en souriant. Un bel homme, mais elle cherche son mari des yeux, sans le trouver. Il arrive sur elle, la prend tendrement dans ses bras. Et là, elle réalise que c’est lui : il s’est rasé la moustache et le bouc, elle ne l’a pas reconnu ! Elle récupère un étranger qui lui plaît quand même moins que le mari laissé un an plus tôt en Afrique. Il lui faudra quelques jours avant de s’y faire.

L’été passe vite, ils ont dû monter à Paris pour négocier un poste. Le père s’est fait virer assez rudement de Djibouti par les indépendantistes, et en compensation, il voudrait continuer sa carrière à l’étranger. Il sera chargé de cours à l'institut franco-vénézuélien de Caracas, au Vénézuéla, et elle instit au collège français.

La famille embarque sur le Federico C pour une croisière de quinze jours, via les Antilles et Miami en Floride, le temps d’une escale de quelques heures pour admirer les dauphins à l’aqualand. Les enfants se régalent sur le paquebot : piscine, cinéma, fête costumée, ils ne voient pas souvent les parents, qui bridgent, dansent l’après-midi et le soir, bref, cultivent les relations sociales.

Arrivée au port à une vingtaine de kilomètre en contrebas de Caracas puis installation à l’hôtel dans un quartier populaire de la capitale. Très vite, la famille s’installe dans une villa de plain pied près du collège où les enfants iront à l’école et la mère sera instit. Le matin de la rentrée, le père les accompagne : il manque un instit, il propose de le remplacer puisqu’il ne commence que dans une semaine à l'institut franco-vénézuélien. Il y sera encore six ans plus tard, quand leur contrat sera terminé. Il a jonglé entre le collège et les cours pour adultes à l’autre bout de la ville, Paris n’y a vu que du feu.

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 13 janvier 2008

Benjamine a 41 ans, elle vient d’acheter sa première maison avec son deuxième mari, dans un petit village de l’Hérault, après que son homme ait eu sa mutation. Pour lui ça n’est pas nouveau, c’est son quatrième achat. Il vient de revendre son appartement à Strasbourg. Sa maison perdue au fin fond de la montagne, sa première femme la lui a extorquée avec un chantage au suicide lors du divorce en 96, et l’appartement de Paris est revendu depuis longtemps.

Elle est à nouveau confrontée à l’éternel dilemme : se faire de nouveaux amis, sans oublier les anciens. Rester en contact avec les proches restés là-haut sera difficile. Elle se connaît, elle ne sait pas faire. Elle l’a vérifié trop souvent, à chaque fois qu’elle a quitté un pays, une région, un continent.

1967 : déjà deux fois qu’elle doit tout quitter. Djibouti quand elle avait cinq ans et demi, mais elle ne s’en souvient pas vraiment. Elle sait qu’elle aimait beaucoup ce petit garçon qui s’appelait Nicolas, mais ne sait plus à quoi il ressemblait. Et puis cette sous-préfecture du sud de la France où ils viennent de passer un an. Elle n’a pas eu le temps de s’y faire des copains, à part les enfants de la ferme d’en face, où ils vont chercher le lait, à l’heure de la traite, avec son frère ou sa sœur. Ils prennent le pot à lait en métal, avec son couvercle attaché par une chaînette, et chaque jour, traversent la route et vont voir les vaches et les petits voisins. Trois enfants aussi, du même âge qu’eux, idéal pour jouer quand on arrive de loin et qu’on ne connaît personne. La fermière est gentille, elle les laisse jouer dans la grande salle à vivre, elle est moins regardante que leur mère, ils peuvent faire du bruit et du désordre à volonté. Il faut juste laisser les chaussures à la porte : l’habitude de l’étable et des sabots qu’on ramène pleins de saletés. Les grands-parents habitent aussi dans la même maison, mais de l’autre côté, ils ont leur propre entrée. Ils ont ce drôle d’accent qui roule les r, comme mémé à la maison. Et comme pépé, avant.

Mémé, elle a un drôle de caractère, elle roumègue, et puis elle va à l’église tout le temps. Pourtant, elle dit souvent du mal des gens, toujours le mot précis et incisif pour décrire la personne. Certains disent que c’est une langue de vipère… Pépé, lui, il disait jamais rien, mais il paraît qu’il avait aussi son caractère. Sur les photos, on voit un homme tranquille, trapu, les traits burinés, la casquette vissée sur la tête, le mégot aux lèvres, parfois la boule de pétanque à la main.

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Samedi 12 janvier 2008

Dans cette famille, voyez-vous, il y a des principes : il faut se resituer dans l’époque, fin des années cinquante début des années soixante.

Lui est fils naturel d’une fille de ferme engrossée par le fils du patron qui n’a pas eu le courage d’affronter ses parents et de l’épouser. Il  en gardera ce besoin d’être reconnu, d’être au centre de l’intérêt général ou particulier… Remarqué par son instituteur, il est poussé au certificat d’étude puis vers l’école normale, et peut réaliser son rêve d’être un jour ‘instituteur chez les noirs’ !

Elle, fille unique, malformée de naissance, a subi sa première opération à deux ans quand elle a commencé à marcher : à l’époque, on ne détectait pas les dysplasies de hanche comme aujourd’hui. Elle préfèrera, jeune adulte, raser les murs en boitant plutôt que d’utiliser sa canne. Elle a un caractère plus dur, opiniâtre. Elle décide à 20 ans de rejoindre au Maroc sa cousine pour devenir instit plutôt que de végéter comme dactylo dans une petite ville de province.

Voilà donc comment se rencontrent ces deux aventuriers aux motivations très différentes.

1966, Djibouti est en période électorale, le père est chargé de surveiller les élections, et refuse de laisser faire les magouilles locales : il est prié d’aller poser ses valises ailleurs. Sa femme et les trois enfants sont déjà en France, dans la maison construite en 58, gardée  habituellement par ses parents à elle, tailleurs, qui vivaient depuis des lustres dans un galetas sans confort. Elle est rentrée pour se faire opérer une énième fois, et les enfants vivent leur premier hiver français, avec la neige, la pluie, le froid, cette grand-mère qu’ils connaissent peu, ce grand-père qui est mort l’année d’avant, dont ils se souviennent à peine. Ca les amuse beaucoup quand ils remontent la grande avenue verglacée en marche arrière avec l’ami 8, parce qu’en marche avant, ça patine trop. Ça les amuse beaucoup moins quand il faut aider à ramasser les patates dans le carré devant, et faire la chasse aux doryphores…

La dernière, qui a commencé l’école à Djibouti à 2 ans avec sa mère, est obligée de refaire une quatrième année de maternelle, parce qu’en France, même si on sait lire et écrire parfaitement , on n’entre pas à l’école primaire avant d’avoir eu ses 6 ans : c’est ça, la France des années 60, obtuse, règlementaire, et pas d’exception pour les petits en avance ! Elle s’ennuie tellement en classe qu’elle embête les autres enfants, rêvasse, et perd très vite l’habitude d’écouter, de travailler, de se concentrer. Peut-être l’explication de son attitude tout au long de sa scolarité : des capacités, mais se contente du minimum. Heureusement,  une grande aisance à l’oral,  qui rattrape la médiocrité à l’écrit, et lui permet presque toujours d’avoir la moyenne et de passer dans la classe supérieure. Elle va même sauter son CP, où elle ne fera qu’un mois, mais n’anticipons pas…

Cette année-là, ils vont régulièrement chez la cousine germaine de la maman, qui a eu sept enfants rapprochés, et qui habite une grande maison de l'autre côté de la ville, sur les hauteurs. Elle a aussi une malformation congénitale de la hanche, mais boîte très bas, elle. Les petits cousins sont marrants, et des années plus tard, la benjamine sera encore proche du cinquième de la fratrie, qui a cinq ans de plus qu'elle. Chaque fois qu'ils se revoient , ils reprennent la conversation là où ils l'avaient laissée, des mois ou des années auparavant. L'aînée, elle, est encore très liée à la troisième fille, la quatrième par ordre de naissance, qui l'invite depuis des années chez elle, le week-end.

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 12 janvier 2008

Une année, pendant les vacances de décembre, ils ont laissé les enfants en pension chez les bonnes soeurs pendant deux semaines pour  faire un safari au Kenya. Les petits  en ont gardé un très mauvais souvenir : ils se rappellent s'être entaillés les pieds dans les coraux en se baignant, et la légende familiale dit qu'ils se sont sentis abandonnés...

A djibouti, ils ont nourri au biberon une gazelle, qui dormait sous la table de la salle à manger avec parfois l'aînée, qui faisait la sieste avec elle, allongée sur les deux barres transversales. Cette photo où l'on voit le père donner le biberon à l'aînée et à la gazelle en même temps, chacune dans le creux d'un bras, a fait le tour de la famille. Une après-midi, pendant la sieste, la benjamine s'est échappée, elle a demandé à un type dans la rue de l'emmener au club, pour se baigner. Les parents l'ont retrouvée plus tard : le type, habitué à obéir, la surveillait gentiment. Une autre fois, elle s'est cachée sous la voiture. Ca lui a fait une belle brulûre sur le haut du crâne quand la voiture a démarré...  Elle se souvient aussi d'avoir défendu de son corps le petit Nicolas, quand un homme a été aperçu dans la cour de l'école, et qu'il a jeté des cailloux sur les enfants et les institutrices.

Le fils, lui, est relativement calme. Malgré ses deux ans de plus, il a presque la même taille que la benjamine. Ils jouent souvent ensemble, indifférement aux petites voitures, aux billes ou à la poupée, à la marchande aussi, depuis qu'ils ont reçu le jeu à Noël.  oui, ils fêtent chaque année Noël, avec sapin et cadeaux emballés au pied de l'arbre, et le repas qui va avec. Le boy reçoit un nouveau tablier, et la fatma certainement quelque chose aussi. Ils font les courses chez Ali l'épicier, ou au grand magasin central. Quand ils passent au grand carrefour, devant le policier en tenue qui fait la circulation, celui-ci donne le rituel coup de poing sur le coffre de la deux-chevaux dont le clignotant  fonctionne seulement par intermitence.

Il y a encore certainement un tas d'anecdotes, tenez,  quand l'aînée lèche les semelles de ses chaussures parce qu'elle a faim, ou toutes ces fois où elle passe derrière les gens, lors des repas de fête, pour lécher les assiettes... et quand elle défend son petit frère en criant " pas toucher à mon petit kère".

Le grand amour fraternel ne durera pas éternellement, du moins dans l'autre sens...

 

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 10 janvier 2008

Lui a la direction de l'école primaire, elle celle de l'école maternelle, et enseigne à 60 mômes dans une classe unique. La benjamine pousse bien, elle faisait déjà 3kg900 et 65 cm à la naissance, et restera grande et costaude longtemps.

Ils habitent la dernière maison à droite de cette grande allée qui aligne deux rangées de maisons sûrement identiques ou presque : les ? , des indiens qui habitent en face ont deux filles avec des cheveux tressés qui leur arrivent au sol quand ils sont dénoués, et les P, qui ont la première maison à gauche, ont des enfants à peu près du même âge que les leurs, et lui est aussi enseignant. C'est le boy et la fatma qui s'occupent de la maison et des enfants.

Ils décident donc, pour occuper leurs longs loisirs, de poursuivre leurs études : lui va devenir dans quelques années PEGC français-histoire-géo et elle prof d'espagnol, mais seulement dans 15 ans. Ils suivent leurs cours par correspondance, au CNED. Elle doit se débrouiller pour l'accent, elle qui ne suivra jamais un cours d'espagnol dans une classe, avec un prof. Des années plus tard, ils iront en vacance en Espagne, pour ses recherches de thèse. Avec le climat local, 50° à l'ombre à midi, la classe a lieu de 7h à 11h, ensuite on reste cloîtré à la maison jusqu'à au moins 17 heures, pour aller ensuite à la plage où l'eau est souvent proche de 30°. On va aussi au Cercle, plus tard dans la soirée, quand les petits sont couchés. Ils ont chosi d'éviter d'avoir "l'oeuf colonial", c'est-à-dire passer les après-midi au mess à boire du whisky et devenir ventripotants tout en jouant au cartes inlassablement comme les vieux coloniaux. Une façon comme une autre d'occuper le temps de la sieste des enfants, à défaut de mettre en route le quatrième, dont lui ne veut absolument pas, même par adoption, comme elle le lui suggère, puisque les médecins lui déconseillent quand même une quatrième grossesse. Porter un autre enfant aggraverait ses douleurs osseuses, et l'arthrose de ses hanches.

Les fins de semaine, c'est la promenade à Doralé, au lac Assal, au plateau du serpent, les invitations au Cercle, les repas avec les autres français, la messe : même si on n'est pas croyant, les enfants iront à la messe chaque semaine tant que les grands-parents maternels seront vivants, pour ne pas déplaire à ses parents à elle.

L'été, on rentre en France une année sur deux, et c'est la visite rituelle aux Bretons, sa famille à lui. Sa mère s'est finalement mariée à un charron quand il a eu 17 ans, et en a eu trois filles et un garçon. Ils les attendent comme le Messie, fiers de montrer celui qui a réussi dans la famille, l'instituteur ! De son côté à elle aussi on est fier d'exhiber le couple d'enseignants, les intellectuels de la famille, ceux qui ont réussi financièrement aussi, et qui aident d'un côté à faire la salle de bains et les wc dans la maison, de l'autre construisent ce qui deviendra la maison de famille. Dans quelques années les oncles et tantes des enfants viendront y passer quelques jours parfois, pour un coucou estival. Les étés où ils restent à Djibouti, ils s'occupent d'une colonie de vacances dans l'arrière-pays, près d'un camp de lépreux.

Sur les photos, on le voit, en short et veste beige, chaussettes hautes, posant près de la jeep, son fils près de lui : il est fier, cambré, le bouc noir et la mèche rebelle, la main sur la portière de la voiture. Il est petit, 1m65, et mince. Ses deux parents sont minuscules, sa mère n'a jamais fait plus de 1m49, et son père ne paraît guère plus sur les vieux clichés qu'on nous montrera dans 35 ans, quand il acceptera enfin de rencontrer ce fils toujours renié, qu'on l'a forcé à reconnaître en justice mais à qui il n'a jamais versé la pension alimentaire dûe.

Elle, même taille que son mari, mais très mince, une certaine ossature identique à celle de ses parents, blonde. Elle s'épile les sourcils presque en entier, et les redessine au crayon comme c'est la mode. Elle est coquette, des pantalons cigarette ou des robes marquées à la taille, en coton fleuri ou imprimé. Elle ne met pas de talons, elle est suffisamment grande, et puis quand on boîte, c'est plus facile de marcher à plat...
Elle est belle, ne le sait pas, et n'avance que dans la notion du devoir accompli : son travail, ses études, ses enfants. Le plaisir ? Elle ne semble pas savoir ce que c'est. Ses enfants se souviennent encore de ce qu'elle leur disait quand ils vivaient encore à la maison :" les ..., on leur "devait" une invitation, "ce n'est pas que j'ai envie de le faire, mais je dois le faire". Toujours trouver l'excuse du devoir pour faire telle ou telle chose.

D'ailleurs, dans trente ans, sa plus jeune fille lui reprochera de n'avoir aucun souvenir de tendresse de sa part, alors que les futurs petits enfants eux, auront droit à des calins de leur grand-mère. Peut-être une histoire de génération qui a connu la guerre, celle de 39-45, et qui a gardé les cochons l'été, dans la famille paternelle, pour ramener du lard et des oeufs à la maison pendant les restrictions ? Le père  aussi a connu la guerre, et aussi les bombardements, la fois où  des obus sont tombés dans la maison de l'oncle. De breton il n'a que le nom : il est né à Bergerac, en dordogne, quans sa mère a suivi ses patrons descendus là-bas puisqu'il n'y avait plus de quoi faire vivre tout le monde chez eux.

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander
Jeudi 10 janvier 2008

Ils se sont rencontrés dans la médina de Mecknès au Maroc, où il était formateur pour les bacheliers qui aspiraient à devenir instits, et elle petite française débarquée de sa province natale.

Ils ont d'abord partagé un café, et des mots croisés. A force de se côtoyer, de se fréquenter, ils ont décidé de se marier: On n'en sait pas plus sur leur attirance réciproque, leur désir ou leur amour. S'il y en a eu, ils ne l'ont jamais confié à personne. Leurs parents n'ont pas pu faire le voyage. Alors, avec les deux témoins, ils étaient quatre. Sur les photos, on voit une très belle jeune femme de 22 ans, en tailleur blanc resserré aux genoux, un bouquet à la main, la bouche dessinée en coeur. Le marié, jeune homme aux cheveux noir corbeau, en costume foncé, rayonne de fierté.

Ils ont eu leur aînée le 18 novembre 1955, jour du retour du roi au pouvoir. Elle est née grande préma, à Bou-Izacarn, leur nouveau poste. Elle n'est restée que quelques jours en couveuse, un autre nouveau-né arrivé avant terme ayant besoin de la place. Elle a continué à "profiter" dans une caisse bordée de briques chaudes jusqu'à maturation complète.

Atlas, Anti-Atlas, Haut-Atlas, ils ont beaucoup bourlingué, en moto puis en jeep, après la naissance de la petite, dormant parfois sous la jeep, dans le sable. Une fois, juste avant la naissance, ils ont fait plusieurs tonneaux lors d'une sortie de route. Une autre fois, en France, la moto s'est cassée en deux juste avant d'arriver en bretagne, venant du Maroc... "Allo, maman, je suis en panne à 80 kilomètres, la moto s'est cassée en deux, ma femme s'est retrouvée par terre sur l'arrière de la moto, moi j'ai continué à rouler encore une centaine de mètres sur ma lancée... on va avoir un peu de retard, il faut réparer, si on peut".

Le garçon est né à Djibouti. Les conditions de sécurité n'étaient pas suffisantes à Tadjoura, à deux jours de boutre de la capitale : lui  y était directeur d'école, et elle l'institutrice. C'est là qu'ils ont créé leur premier potager, qu'ils ont appris aux écoliers du coin ce qu'étaient les légumes. Ils prennent leur rôle d'éducateur très au sérieux, ces petits noirs doivent à tout prix être éduqués, parler le français, accéder au savoir... Ils ne savent pas encore qu'ils trouveront un médecin qui sauvera leur petit qui a une sténose du pylore, et qui restera jusqu'à l'adolescence rachitique et tellement blond que les Afars et les Issas l'appellent "le petit vieux". Lui est aussi responsable pédagogique pour toute la région. Il fait la tournée des écoles à cheval pour inspecter les jeunes instits locaux, quand elle reste seule à la maison avec les enfants. Le ravitaillement arrive une fois par semaine par avion, il ne s'agit pas de se tromper dans la commande.

Pour la naissance de la benjamine, ils ont eu leur mutation à Djibouti.

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
acheter un nom de domaine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus