Le matin du dimanche de Pâques, les enfants sortent de leur chambre, au fond du couloir, et écrasent sans le vouloir les œufs en chocolat qui recouvrent le sol. Il leur faudra au moins trois ou quatre pas avant de réaliser l’ampleur des dégâts. Heureusement que les gros œufs sont cachés dans le jardin. Ils les trouveront plus tard, après le petit déjeuner, quand la traditionnelle quête familiale aura lieu, sous les encouragements des adultes, qui prennent les photos et les poussent de la voix.
Le père est rentré de Djibouti, femme et enfants vont le chercher à l’aéroport : elle ne comprend pas ce que lui veut cet homme qui vient vers elle en souriant. Un bel homme, mais elle cherche son mari des yeux, sans le trouver. Il arrive sur elle, la prend tendrement dans ses bras. Et là, elle réalise que c’est lui : il s’est rasé la moustache et le bouc, elle ne l’a pas reconnu ! Elle récupère un étranger qui lui plaît quand même moins que le mari laissé un an plus tôt en Afrique. Il lui faudra quelques jours avant de s’y faire.
L’été passe vite, ils ont dû monter à Paris pour négocier un poste. Le père s’est fait virer assez rudement de Djibouti par les indépendantistes, et en compensation, il voudrait continuer sa carrière à l’étranger. Il sera chargé de cours à l'institut franco-vénézuélien de Caracas, au Vénézuéla, et elle instit au collège français.
La famille embarque sur le Federico C pour une croisière de quinze jours, via les Antilles et Miami en Floride, le temps d’une escale de quelques heures pour admirer les dauphins à l’aqualand. Les enfants se régalent sur le paquebot : piscine, cinéma, fête costumée, ils ne voient pas souvent les parents, qui bridgent, dansent l’après-midi et le soir, bref, cultivent les relations sociales.
Arrivée au port à une vingtaine de kilomètre en contrebas de Caracas puis installation à l’hôtel dans un quartier populaire de la capitale. Très vite, la famille s’installe dans une villa de plain pied près du collège où les enfants iront à l’école et la mère sera instit. Le matin de la rentrée, le père les accompagne : il manque un instit, il propose de le remplacer puisqu’il ne commence que dans une semaine à l'institut franco-vénézuélien. Il y sera encore six ans plus tard, quand leur contrat sera terminé. Il a jonglé entre le collège et les cours pour adultes à l’autre bout de la ville, Paris n’y a vu que du feu.
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