L’été 1969, la nouvelle voiture commandée aux USA est arrivée. Il s’agit d’une Jeep wagonner avec 4 roues motrices, plaque sous le moteur pour
le protéger lors des hors piste, des alarmes à toutes les portes y compris le hayon arrière. Elle est unique, dans la mesure où la couleur a été choisie spécialement. Elle est… dorée ! Ceci afin
de la reconnaître de loin (?) et surtout minimiser les risques de vol, très fréquents.
Début juillet, la famille au complet pose devant la voiture pour la photo souvenir. C’est le premier jour d’un long voyage en Colombie. Le coffre est plein à ras-bord, et les trois enfants ne
sont pas spécialement ravis à l’idée de passer deux mois sur la banquette arrière. Ce sera la source de nombreux accrochages verbaux avec les parents, qui ne comprennent pas pourquoi leurs
rejetons préfèreront parfois jouer aux cartes plutôt que d’admirer le paysage, voire certains sites.
Donc, direction la frontière Colombienne. Le père se souvient de l’anecdote racontée par un collègue qui s’est fait voler son attaché-case posé entre ses jambes, alors qu’il remplissait des
formulaires. Lui garde tous les papiers dans une sacoche qui est attachée à son poignet. On n’est jamais trop prudent. Le voyage a été très préparé par le père, les étapes ont été définies, il
faut suivre un timing préétabli, dans la mesure du possible.
Une des premières étapes après la frontière est la visite aux indiens de la tribu des Guajiros. Ils vivent dans la forêt, au trois-quarts nus. Les hommes se teignent les cheveux en rouge, la
coupe au bol, avec des boules de coton parsemés dedans pour les chefs, la lance dont la pointe des flèches est imbibée de curare en travers des épaules. Les femmes ont les seins nus, le visage
enduit de terre mélangée à du gras. Quand elles vont à la ville voisine, elles rajoutent un soutien-gorge, et rien dessus. C’est assez curieux. D’autres portent la robe typique de leur tribu,
très large, retenue par un lien intérieur autour de la taille, et toujours dans un tissu très vif et bariolé.
Benjamine portera souvent cette robe pour carnaval. Elle en a choisi une avec d’immenses roses sur fond vert vif. Elle fera son petit effet à chaque fois. Ces indiens Guajiros ont subi les
méfaits des prêtres de la mission catholique qui ont cherché à les convertir. Ils sont abrutis par le coca, l’herbe qu’ils mâchent presque nuit et jour et l’alcool. Ils sont magnifiques et en
même temps pathétiques. Le tourisme qui commence dans la région n’améliorera certainement pas leur condition.
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