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Jeudi 7 février 2008

Benjamine a neuf ans et demi depuis le mois d’août. Elle est en sixième. Elle est la plus jeune et la plus grande de sa classe. Et une des rares à parler anglais.

 

L’été précédent, ses parents l’ont envoyée en Angleterre, ainsi que son frère et sa sœur. Ils ont pris l’avion tous seuls dans un immense 747, pour atterrir à l’aéroport de Londres, un peu perdus. Ils ont l’habitude de voyager, mais avec leurs parents.

 

Ils vont séjourner chacun séparément dans une famille anglaise, L’aînée dans une petite ville près de Londres, Benjamine à Selsey dans le Sussex, et le frère dans la ville juste à côté.

 

Cours d’anglais le matin, activités l’après-midi, une soirée dansante par semaine, et une journée à Londres par mois.

 

Benjamine est tombée dans une famille très british, une dame boulotte et toute petite, et un monsieur immense et mince. Ils ont un fils d’à peu près vingt-cinq ans très grand comme son papa, et qui rougit à chaque fois qu’il adresse la parole à la petite franchie. Souvenirs impérissables dans cette famille pour Benjamine… Les petits pois "vert peinture" à la sauce rouge, la viande bouillie, les petits déjeuners pantagruéliques. Et les premières revues pornos qu’elle trouve en fouillant dans un tiroir du salon ! Et puis Londres… et la mythique Carnaby street. Elle a encore les premiers 33 tours qu’elle a achetés là-bas : Cat Stevens, Léonard Cohen, et bien d’autres. Et les fish and chips achetés à la guérite près de la mer.

Les machines à sous de la jetée de Brighton, également, où les enfants dépensent inconsidérément leur argent de poche.

 

Je vous passe toutes les autres bêtises que Benjamine a pu faire là-bas. A moins de dix ans, on a beaucoup d’imagination !

 

 

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
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Vendredi 1 février 2008

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Benjamine a deux ans


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mariage des parents




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la communion

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
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Lundi 28 janvier 2008

L’été 1969, la nouvelle voiture commandée aux USA est arrivée. Il s’agit d’une Jeep wagonner avec 4 roues motrices, plaque sous le moteur pour le protéger lors des hors piste, des alarmes à toutes les portes y compris le hayon arrière. Elle est unique, dans la mesure où la couleur a été choisie spécialement. Elle est… dorée ! Ceci afin de la reconnaître de loin (?) et surtout minimiser les risques de vol, très fréquents.
 
Début juillet, la famille au complet pose devant la voiture pour la photo souvenir. C’est le premier jour d’un long voyage en Colombie. Le coffre est plein à ras-bord, et les trois enfants ne sont pas spécialement ravis à l’idée de passer deux mois sur la banquette arrière. Ce sera la source de nombreux accrochages verbaux avec les parents, qui ne comprennent pas pourquoi leurs rejetons préfèreront parfois jouer aux cartes plutôt que d’admirer le paysage, voire certains sites.
 
Donc, direction la frontière Colombienne. Le père se souvient de l’anecdote racontée par un collègue qui s’est fait voler son attaché-case posé entre ses jambes, alors qu’il remplissait des formulaires. Lui garde tous les papiers dans une sacoche qui est attachée à son poignet. On n’est jamais trop prudent. Le voyage a été très préparé par le père, les étapes ont été définies, il faut suivre un timing préétabli, dans la mesure du possible.
 
Une des premières étapes après la frontière est la visite aux indiens de la tribu des Guajiros. Ils vivent dans la forêt, au trois-quarts nus. Les hommes se teignent les cheveux en rouge, la coupe au bol, avec des boules de coton parsemés dedans pour les chefs, la lance dont la pointe des flèches est imbibée de curare en travers des épaules. Les femmes ont les seins nus, le visage enduit de terre mélangée à du gras. Quand elles vont à la ville voisine, elles rajoutent un soutien-gorge, et rien dessus. C’est assez curieux. D’autres portent la robe typique de leur tribu, très large, retenue par un lien intérieur autour de la taille, et toujours dans un tissu très vif et bariolé. 

Benjamine portera souvent cette robe pour carnaval. Elle en a choisi une avec d’immenses roses sur fond vert vif. Elle fera son petit effet à chaque fois. Ces indiens Guajiros ont subi les méfaits des prêtres de la mission catholique qui ont cherché à les convertir. Ils sont abrutis par le coca, l’herbe qu’ils mâchent presque nuit et jour et l’alcool. Ils sont magnifiques et en même temps pathétiques. Le tourisme qui commence dans la région n’améliorera certainement pas leur condition.

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
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Mardi 22 janvier 2008

10 novembre 1970. La famille au complet est en voiture, direction le collège. Aux infos à la radio, le journaliste annonce la mort du Général de Gaulle. Pour benjamine, ça ne veut pas dire grand-chose, mais ses parents commentent l’info gravement, et à les écouter elle comprend vite que c’est un évènement important pour la France.

 

A peine arrivés au collège, benjamine se précipite hors de la voiture pour être la première à annoncer la grande nouvelle aux petits copains. Dans la précipitation, elle se cogne le genou droit dans la manivelle de la fenêtre arrière de la voiture… qui n’a plus de cache.

 

La grande nouvelle attendra. Elle doit aller se faire soigner à l’infirmerie, la blessure saigne beaucoup. Elle a été punie (par qui ?) pour avoir voulu être trop pipelette.

 

Elle en garde encore aujourd’hui une vilaine cicatrice, qui lui rappelle immanquablement qu’à trop vouloir de précipitation, on loupe parfois son but. Ce qui ne l’empêchera pas bien sur de recommencer à la première occasion… N’a-t-elle pas une « cicatrice De Gaulle », elle ?

 

par Domi publié dans : une famille ordinaire communauté : Plaisirs d'écrire
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Lundi 21 janvier 2008

La grand-mère maternelle a pris l’avion, à presque 70 ans, pour faire LE grand voyage de sa vie. Le prétexte est la communion de benjamine. A défaut de grande réunion de famille, comme pour l’aînée, en France, on fait venir mère-grand pour un bon mois.

Un des seuls souvenirs qui restent à benjamine de ce séjour, c’est sa grand-mère en maillot de bain sur la plage. Il paraît que c’est la seule et unique fois où la vieille dame a enfilé un tel vêtement… et s'est baignée ! Elle a mis un temps infini avant d'oser rentrer dans la mer, entourée de toute la famille.

Elle a aussi le vague souvenir de tous les communiants regroupés devant la chapelle du collège, où a eu lieu la cérémonie. Une photo la montre avec sa jolie robe blanche, les mains jointes en prière sur un chapelet. 

Une autre photo immortalise l’évènement sur la terrasse de l’appartement, à côté de la grand-mère.

Elle se souvient également avoir reçu une bague de sa marraine, restée en France : un double anneau en or avec deux petits rubis, qui a depuis longtemps disparu au fil des nombreux déménagements. Peut-être l’a-t-elle reçu plus tard, elle ne sait plus.

Mais le frère n’a-t-il pas lui aussi fait sa communion, la deuxième, en même temps ? Ca serait bien possible.

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Lundi 21 janvier 2008

Dans ce pent-house qui les rapproche du centre culturel franco-vénézuélien où le père donne des cours le soir, ils sont à l’abri des cambrioleurs, mais pas du reste !

Une balle perdue s’est fichée un soir dans le mur du salon qui fait face à la terrasse : heureusement personne n’a été atteint, mais faudra-t-il vivre dorénavant avec des vitres blindées ?

Un autre jour, en fin d’après-midi, bruit d’explosion : une des voitures garées en épi au bas de l’immeuble vient de recevoir un cocktail Molotov. Le père a juste le temps de descendre en courant les cinq étages et de sauter dans la Jeep wagonner pour l’éloigner des flammes qui ont déjà gagné le véhicule à côté du sien, tandis que toute la famille regarde le spectacle d'en haut.

Ce ne sera pas encore leur tour. Mais une vieille voisine a été traînée dernièrement dans la rue par un jeune garçon qui voulait lui voler son sac : elle n’a pas voulu le lâcher, et a été rudement molestée. Bien sûr, personne n’a fait mine de l’aider, on tient à sa tranquillité.

Dans l’ascenseur, les enfants ont pour consigne de ne pas monter avec un étranger : sur le dessin humoristique qui circule le plus en ce moment dans les quotidiens, on voit un type cagoulé qui braque des gens dans un ascenseur en leur criant « vamos a Cuba ! »

Tout ça ne perturbe pas plus que ça les enfants, qui se retrouvent après l’école devant les devantures de magasins pour jouer aux osselets, par terre, sur le trottoir : c’est là qu’ils ont le plus de chance d’apprendre la langue du pays, en partageant les jeux des gamins du quartier.

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Dimanche 20 janvier 2008

Benjamine et son grand frère ont reçu l’autorisation d’aller au cinéma seuls.

Vous n’imaginez même pas quelle expédition cela représente : ils ont huit et onze ans, et vont se rendre jusqu’à l’arrêt de bus, vérifier qu’ils prennent le bon, descendre à l’arrêt le plus proche qu’ils ne connaissent pas, et marcher à travers la foule du samedi jusqu’à ce cinéma dont ils ne savent que le nom.

Pour eux, il s’agit qu’une expédition digne de vingt mille lieux sous les mers ! Pour corser l’ensemble, ils ne parlent pas encore couramment l’espagnol, même s’ils savent se dépatouiller.

Les parents sont venus les récupérer à la sortie : il serait vraiment dangereux de laisser dehors deux enfants dans cette mégalopole à la nuit tombée. Ils sont ravis d’avoir pu suivre les péripéties de « El abuelo congelado », Hibernatus pour les français.

Ils en riraient maintenant, s’ils pouvaient évoquer ensemble leur goût cinématographique de l’époque…

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Dimanche 20 janvier 2008
Une mauvaise surprise les attend, ce soir-là, à leur retour de la plage. La villa a été cambriolée ! Pourtant, ils étaient prévenus, et toutes les fenêtres étaient garnies de grilles, sauf…celle des Wc, trop petite. Ils ont eu l’explication de la technique employée plus tard : les voleurs font passer par l’ouverture un petit enfant, qui une fois à l’intérieur est formé pour ouvrir une porte. Le tour est joué ! Adieu le diamant que la mère venait de recevoir pour leurs dix ans de mariage, les sept bracelets en or de la « semaine », et tous les autres souvenirs qui jalonnent un mariage. Pendant quelques semaines, les enfants dorment mal. Ils rêvent d’enfants méchants qui viennent leur enlever leurs jouets préférés. Les parents, eux, organisent rapidement le déménagement vers un autre quartier, dans un immeuble, au « pent-house ». Qui a dit que Caracas dans les années soixante, c’était Chicago les années trente ?
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Vendredi 18 janvier 2008

Elle est aussi la championne du larcin. Elle pique régulièrement de la monnaie dans le sac de sa mère pour s’acheter en douce des gâteaux ou des sucreries : c’est tellement bon, quand c’est fait en cachette !

Elle se souvient de cette fois où, quand ils habitaient à Porthos, le grand immeuble au bout de la grande avenue, elle était allée se goinfrer de « bombas », les beignets de carnaval, au centre commercial à « l’esquina » plus loin.

Et l’autre fois où, croyant voler un billet de 10 francs, elle se fait prendre par la boulangère qui trouve curieux qu’une gamine de 6 ans paye son pain au chocolat avec un billet de 100 ! Elle a juré mordicus avoir trouvé le billet au pied d’un platane…

Son excuse ? Ses parents lui donnent de l’argent de poche, oui, mais écrit dans un cahier ! Elle n’en voit que rarement la couleur. On se défend comme on peut, quand on est môme…

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Jeudi 17 janvier 2008

Ils sont en route vers la plage. La journée s’y déroule toujours de la même façon : la mère s’installe sous les palmiers et prend un livre, les enfants font des va et vient de la mer à la glacière, et le père… personne ne se souvient de ce que fait le père, sinon qu’il va le plus souvent manger  en terrasse d’un restaurant le long de la promenade.

Les enfants se défoulent, on est dans l'atlantique, les vagues peuvent monter à plusieurs mètres, et les entraînent dans les rouleaux où ils se font parfois de belles frayeurs.  D’ailleurs la mère hésite à se mouiller, elle ne sait pas nager, et leur demande toujours le bras pour faire trempette quelques minutes quand la mer est calme.

Samedi soir, au retour, obligation d’assister à la messe à la chapelle du collège. C’est une vraie corvée, alors tant qu’à faire, les deux plus jeunes font parfois office d’enfant de chœur. Ils s’amusent à couper le vin avec de l’eau dans le calice, et trouvent que le temps passe beaucoup plus vite de ce côté-là de la nef ! Benjamine sait la messe en latin au bout d’un an, les prières idem. Elle attend le "Ite, missa est" avec impatience. Ce qui l’agace le plus, c’est de se confesser régulièrement : comment raconter ses péchés à un de ses profs ? Avec son frère, elle se creuse la cervelle pour inventer des choses importantes mais pas trop graves, comme certainement presque tous les enfants au monde…

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